Le guinéen aime passionnément le ballon, mais son administration se meurt en silence. Derrière la ferveur des stades se cache une réalité dramatique que nous ne pouvons plus occulter : la faillite intellectuelle et managériale de ceux qui ont la charge de le diriger au niveau local. Si notre football stagne, ce n’est pas par manque de talents sur la pelouse, c’est parce que ses instances décisionnelles sont devenues le théâtre de l’absurde.

​L’Assemblée Générale de la Fédération Guinéenne de Football devrait être le sanctuaire de la réflexion, le laboratoire où naissent les stratégies de développement de notre sport roi. Au lieu de cela, elle s’est transformée en un rendez-vous mercantiliste. Elles sont devenues la foire aux perdiems.

​Disons les choses crûment , les clubs envoient aujourd’hui des « gueulards » et des fauteurs de troubles dont l’unique compétence est de hausser le ton et dont la seule motivation reste le perdiem de fin de séance. Le reste ? Tant pis. Sinon , ​Comment expliquer, qu’une Assemblée Générale puisse durer plus de huit heures, aborder des sujets aussi cruciaux que la gestion financière et les budgets, pour n’enregistrer qu’à peine cinq interventions sur 53 participants ?

Le silence de la majorité n’est pas un silence d’approbation réfléchie, c’est le silence de l’incapacité. Une grande partie des délégués locaux n’a tout simplement pas les capacités intellectuelles requises pour lire, comprendre et interpréter les textes de notre association nationale. Ce qui fait de la place à la
​dictature des « faux connaisseurs » et le piège du « vote moutonnier ».

​Ce vide intellectuel a laissé la place à une anomalie démocratique ; la prise en otage du football par un groupuscule de trois à cinq personnes qui alignent à peine deux phrases creuses, parfois totalement vides de sens, ils s’érigent en gourous sous prétexte « d’avoir passé toute leur vie dans le milieu ».

​Le débat d’idées a déserté la salle. On ne suit plus une vision, on suit des hommes. C’est le règne du compromis aveugle : « Koto Diouma a dit », « Koro Nambara magnin a dit », « hée ils ont duré dans le football, donc ils savent. É ballon fé kolon yaati 🤣 ». Et lorsque ces prétendus sages manquent d’arguments solides pour convaincre, ils sortent leur joker favori : « L’assemblée est souveraine, passons au vote ». SIC.

​Un vote qui n’est qu’une parodie, puisque les consignes sont données avant même d’entrer dans la salle : « Ne bronchez pas, suivez-nous seulement ». Les chasseurs de primes n’ont plus qu’à lever la main, calquant leur vote sur celui des illusionnistes.
Ce scénario est le résultat de la démission des intellectuels , notre culpabilité collective.

​Si les nombrilistes et les marchands d’illusions ont pris le dessus, c’est aussi parce que les compétences ont déserté le terrain. C’est la faute des intellectuels, des économistes, des comptables et des administrateurs chevronnés qui ont abandonné l’espace public du football par dépit ou par indifférence. En reculant, ils ont laissé la clé de la maison à l’inculture.

​Ces pseudo-connaisseurs, limités par leurs propres carences, passent leur temps à insulter, à diviser et à créer la zizanie. Vous n’entendrez jamais faire une analyse économique sérieuse sur la gestion des fonds par le Comité Exécutif (COMEX). Ils préfèrent le bruit de la discorde à la rigueur des chiffres.

Chers Présidents de clubs, changez de logiciel

​Ce message s’adresse directement à vous. Vous investissez votre énergie et votre argent. Ne gâchez pas vos efforts en confiant votre représentation à n’importe qui.

​Faites-vous entourer d’intellectuels. Mandatez des profils diversifiés, des juristes, des gestionnaires, des cadres capables de décortiquer un rapport financier . Ne déléguez plus des démarcheurs de perdiems.

​Tant que les AG locaux seront composées de figurants dociles, aucun Comité Exécutif, aussi de bonne volonté soit-il, ne pourra développer notre football. Le COMEX passera son temps à régler des crises inutiles et des querelles de clocher au lieu de bâtir l’avenir.

​Le football guinéen mérite mieux que des motions de soutien achetées et des silences complices. Il est temps de remettre l’intelligence, la compétence et la rigueur au centre du jeu. Pour l’amour de ce sport.

Sam Samoura