La nomination de Mamadou Cellou Baldé à la tête du Ministère de la Jeunesse et des Sports intervient dans un contexte où le sport guinéen traverse une période charnière. Entre attentes populaires, retards infrastructurels et manque de structuration des disciplines, le nouveau ministre fait face à une mission délicate mais déterminante pour l’avenir du sport national.
Le défi urgent des infrastructures
Le premier chantier visible reste celui des infrastructures sportives. La Guinée peine toujours à achever les travaux des stades du 28 Septembre et Général Lansana Conté de Nongo. Ces enceintes, pourtant symboliques et stratégiques, sont essentielles non seulement pour accueillir des compétitions internationales, mais aussi pour redonner confiance aux acteurs du sport local.
L’absence d’infrastructures conformes aux standards internationaux pénalise lourdement les équipes nationales, contraintes parfois de recevoir leurs adversaires à l’extérieur. Cette situation engendre des pertes économiques importantes et freine le développement du sport professionnel. La finalisation rapide de ces stades doit donc constituer une priorité absolue.
Mais au-delà des grandes infrastructures, se pose également la question des terrains de proximité, des centres de formation et des équipements régionaux. Le développement du sport ne peut se limiter à Conakry ; il doit être national et inclusif.
La réforme des fédérations et des championnats
Autre défi majeur : la gouvernance des fédérations sportives. L’organisation irrégulière des championnats, le manque de professionnalisation et les difficultés financières récurrentes affaiblissent la crédibilité des compétitions nationales.
Une réforme structurelle s’impose. Elle pourrait passer par :
• Une meilleure transparence dans la gestion des fonds ;
• Un accompagnement technique des fédérations ;
• La mise en place d’un calendrier sportif stable et respecté ;
• Le renforcement de la formation des encadreurs et arbitres.
Sans une base solide, les performances internationales resteront occasionnelles et non durables.
S’inspirer des modèles qui réussissent
Le Sénégal et la Côte d’Ivoire constituent aujourd’hui des exemples en Afrique de l’Ouest. Ces deux pays ont misé sur la modernisation des infrastructures, la formation à la base et un partenariat solide entre l’État et le secteur privé.
Le Sénégal, champion d’Afrique 2022 en football, a investi dans des académies et dans une meilleure organisation de ses compétitions locales. La Côte d’Ivoire, hôte et vainqueur de la CAN 2024, a démontré qu’une vision stratégique, soutenue par un fort engagement politique, peut transformer durablement un paysage sportif.
La Guinée peut s’inspirer de ces modèles, tout en adaptant sa stratégie à ses réalités économiques et sociales.
L’accompagnement de l’État, condition essentielle
Le ministère de la Jeunesse et des Sports ne peut réussir seul. Il est impératif que l’État accepte d’accompagner pleinement les ambitions affichées, notamment par une augmentation des budgets alloués au sport, un contrôle rigoureux de leur utilisation et la recherche de partenariats public-privé.
Le sport n’est pas un luxe. Il est un levier de cohésion sociale, un outil de promotion internationale et un secteur économique porteur d’emplois.
Le temps de l’action
La Guinée ne peut plus se contenter de discours ambitieux sans résultats concrets. Il est temps d’abandonner les rêves utopiques et de s’engager résolument dans une dynamique de travail méthodique et structuré.
Pour Mamadou Cellou Baldé, le défi est immense : restaurer la confiance, structurer le secteur et poser les bases d’un développement sportif durable. S’il parvient à relever ces défis, son passage à la tête du département pourrait marquer un tournant décisif pour le sport guinéen.
L’heure n’est plus aux regrets, mais à l’action.
Milla Camara ( journaliste sportif)























